Ali Aarras
Le ciel est un carré bleu

Ali Aarrass avait 46 ans quand il a été arrêté par la police espagnole le 1er avril 2008 à la demande du Maroc qui le soupçonnait de trafic d’armes et de terrorisme. Après plus de 25 ans passés à Bruxelles, le Belgo-Marocain était retourné quelques années plus tôt dans sa ville natale de Melilla et s’y était installé en famille. Il ignorait ce mardi fatidique qu’il allait passer les 12 années suivantes de sa vie en prison. En Espagne d’abord, le temps de l’enquête menée par le juge Baltasar Garzón qui conclura à un non-lieu et l’innocentera de fait. Au Maroc ensuite, où il allait être extradé le 14 décembre 2010, secrètement et en toute illégalité, par le gouvernement espagnol. Ali Aarrass sera atrocement torturé durant 12 jours au centre secret de Témara avant d’être transféré dans les prisons marocaines de Salé II d’abord, de Tiflet II ensuite. Il y subira les pires atrocités et ce, pendant neuf années et demie, après des « aveux » extorqués de force et des procès bidon.

Pendant ces 12 années hors du monde, Ali Aarrass a tenu bon. Il a résisté au pire, la solitude, le cachot, les mauvais traitements, la négation des droits humains élémentaires, la faim, le manque de tout. Il a survécu dans le seul but de retrouver la liberté, de revoir sa famille, ses proches, ses amis, de vivre à nouveau. Si ses grèves de la faim successives en Espagne et au Maroc ont définitivement altéré sa santé, elles n’ont pas entamé sa volonté. Le très long isolement en cellule et les sévices subis l’ont profondément blessé. Ils l’ont aussi rendu plus fort, vindicatif même. Résolu à ne pas se taire, à dénoncer. Dès sa libération, le 2 avril 2020, en plein confinement sanitaire, Ali Aarrass a voulu témoigner de ce qu’il avait enduré. Pour que l’on sache ce qui se passe au secret de ces murs, malgré la justice, malgré le soutien des ONG, des Nations Unies et de la presse. Avec un formidable courage, il a rassemblé ses souvenirs, extrêmement précis. Il les a couchés sur le papier, séquence par séquence. Ils sont aujourd’hui devenus un livre, « Le ciel est un carré bleu. Douze ans dans les prisons espagnoles et marocaines » (Édition Antidote).

Chronologique, le témoignage d’Ali Aarrass est dur à lire, très dur même. Car il ne cache rien des innommables tortures qu’il a subies, ayant toujours préféré la vérité à la pudeur. Un livre écrit pour informer le public et pour tenter de mettre ces années de calvaire à distance. Ses mots disent les innombrables difficultés quotidiennes, les injustices constantes, les petites victoires sur le milieu carcéral et la révolte permanente. En filigrane se devine la détresse d’un être humain qui n’a jamais compris l’acharnement contre lui. Si ce journal de prison révèle des blessures, il dit aussi la formidable capacité de résistance d’Ali Aarrass. Sombre, comment pourrait-il en être autrement, il est éclairé par deux appuis totalement inattendus. Deux hommes qui tranchent dans ce milieu carcéral hostile et soumis, deux hommes qui ont chacun modifié le destin d’un citoyen injustement emprisonné.

Lucie Cauwe

15 €

Détails

Pages : 356

ISBN : 978-2-930802-43-5

Dépôt légal : D/2024/13452/4

©  Ali Aarras & Antidote